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[MICHEL VÉZINA]

Une autre entrevue exclusive, cette fois avec Michel Vézina, dont le roman Asphalte et Vodka vient de paraître chez Québec Amérique. Merci, Michel!
 
 
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On dit que l’auteur, peu importe l’histoire qu’il écrit, parle toujours du même sujet. Ton sujet, ce serait quoi?
            Sexe, drogue, rock’n roll
            Vie, mort, musique
            Amour, art et aspirine
 
Tu écris pour qui? Pour toi, pour un public?

            J’essaie d’abord d’écrire quelque chose que j’aimerais lire. Ensuite, j’écris pour essayer de me surprendre. J’écris probablement pour moi, donc… Par contre, je n’ai pas l’impression que ce soit exclusivement un geste égocentrique. J’écris peut-être pour me sortir de moi-même, pour me donner l’impression d’être un autre… plus intelligent…

 
Qu’est-ce qui te donne la discipline pour t’asseoir et écrire?
            Trop d’affaires dans la tête. Un peu comme quand on fait des listes pour se libérer la mémoire, j’écris pour libérer les histoires qui me tournent en tête sans arrêt. Je les écrit pour faire de la place, quand ça se bouscule au portillon…
 
Tu as une technique particulière?
            Ça commence nécessairement par le piton «on» de l’ordi. Deux mains sur le clavier et pis go. N’importe où, n’importe quand, particulièrement le matin. Je note des choses, je décris, j’imagine… Ça fait des tonnes de tout petits fichiers. Un jour, un idée émerge du lot, se matérialise, aspire vers elle toutes les autres et les intègre finalement. Je mets des fichiers ensemble. À un moment donné, je n’ai pas le choix que de faire un gros criss de fichier dans lequel je colle bout à bout tous les petits bouts. À partir de là, je m’arrange pour que ça marche… J’écris comme un monteur. Je suis un maître de l’auto copier-coller. Sans ordi, je serai le genre à faire des collages.
 
Un roman, ça part de quoi? D’un tas de notes, d’une idée que tu gardes longtemps en tête?
            Même réponse que 4
 
Quand sais-tu que le texte est terminé?
            Quand j’en ai marre de lui voir la gueule. Quand l’histoire est terminée. Quand la réviseure a corrigé les fautes.
 
Si tu n’étais pas publié, tu écrirais quand même?
            Même réponse que 2
 
Aimerais-tu vivre seulement de l’écriture de romans?
            Oui et non. J’adore l’exercice hebdomadaire de la chronique et il n’est pas dit que je n’aurai pas envie d’écrire pour d’autres formes. Le cinéma? S’il était encore possible de faire du cinéma de malade mental, je ne dis pas non. Sauf que c’est devenu tellement astreignant de se plier aux impératifs budgétaires… Par contre c’est payant en sacrament. Ceci dit, si je vivais de romans, je n’aurais pas besoin de ça. Sauf que comme je n’en vis pas, heu… La télé? Ouin… J’ai les mêmes réserves qu’avec le cinéma, mais en plus pire. On dirait qu’il faut de plus en plus dealer avec de profond abrutis pour arriver à toucher le magot… Mais bon, le magot est intéressant, n’est-ce pas Stéphane? Écrire du théâtre? Oui. Certainement. Pour me prouver que je suis capable.
Bref, je pense que la chronique me plaît beaucoup comme exercice d’écriture. Si je vivais de romans, je ne sais pas si je me ferais chier à faire autre chose…
 
Souffrir pour écrire, tu y crois?
            Es-tu malade toé baptême? J’ai jamais compris ça… Comment faire de manière quotidienne quelque chose qui te fais chier… À moins d’être maso. Même… J’ai du mal à imaginer être maso au point de prétendre aimer faire ce qui me ferait souffrir. Si j’écris, c’est parce que j’aime ça.
 
Et la page blanche, elle t’angoisse?
            Pas du tout. C’est plutôt la somme des mauvaises pages noircies qui m’angoisse. Et les dieux savent qu’il y en a des mauvaises pages!
 
Les critiques, bonnes ou mauvaises, ça te tracasse, ça t’influence?
            Pas vraiment. Oui et non. Ça dépend de ce qui y est dit. Si c’est du bashing pour du bashing, c’est inintéressant, ça ne me tracasse ni ne m’influence. Si la critique se fonde sur quelque chose, que ce soit formel ou fondamental, pas de trouble, chus cap’ d’en prendre. Et d’en donner aussi… Et j’espère que ce que j’écris fasse réagir.
 
Un critique qui publie, ça doit avoir un certain stress?
            Pas plus qu’un employé du Bell qui publie… J’ai l’impression de m’exposer autant en signant mes chroniques (ou mes critiques) qu’en publiant un roman. Au moins, dans mon roman, y’a pas mon adresse courriel en dessous… 
 
Écoutes-tu de la musique en écrivant?
            Non. Y’a ben assez de choses qui se passent dans ma tête sans que je n’ai à rajouter de l’input. Quand j’écris, je suis en mode output…
 
Quelle serait la meilleure bande-sonore de ton livre?
            Celle que mon ami Catellier m’a faite en cadeau. Il a trouvé toutes les tounes qui sont nommées dans Asphalte et Vodka et il les mises sur un CD…
 
Une phrase que tu es fière d’avoir écrite?
            «-Entéka, les gars, si jamais vous vous faites pisser dans’ face, farmez-vous les yeux, parce que ça brûle en tabarnak.»
 
La phrase d’un autre que tu aimerais avoir écrite?
            -Le reportage et le roman sont les enfants d’une même mère. (Gabriel Garcia Marquez)
            -Pis l’pére c’est Hemingway! (Christian Mistral)
 
Tu lis quoi, en ce moment?
            Passes noires, de Giosuè Calaciura aux Allusifs;
            Cosmos Incorporated, de Maurice Dantec (mais il me tombe des mains), Albin Michel
            Crimes Horticoles de Mélanie Vincelette, Leméac           
 
Il y a sûrement quelques questions que tu souhaites qu’on te pose mais qui ne te sont jamais posées… Je te laisse ici te les poser et y répondre…
 
Croyez-vous en Dieu?
            Si on parle de celui que les hommes ont inventés en bouffant des mushs, oui.
 
Croyez-vous en la vie?
            Avec ma blonde, oui.
 
Croyez-vous en la mort?
            Certainement! En imaginant qu’un jour ce que j’aurai fait puisse peut-être servir à d’autres qui n’existent même pas encore, je me dis que ça vaut la peine que ça s’arrête un jour. Et mieux, je n’en aurai aucune conscience, ça me réjouis.
 
Avez-vous été obligé de consommer de la drogue pour écrire Asphalte et Vodka?
            Bien sûr!…
 
 Consommez vous de la drogue pour écrire vos chroniques ou vos critiques?
            Jamais!

 

14.4.06 16:26
 



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